historique : 1ière partie

1)    L’action de l’abbé Lemire 

Jules Auguste Lemire
Jules Auguste LEMIRE est né le 23 avril 1853 à VIEUX-BERQUIN, un petit village situé dans la région du Nord de la France, à proximité d’HAZEBROUCK. Il vécu une partie de son enfance avec ses deux frères et ses deux sœurs dans la modeste ferme flamande de ses parents. Sa mère décède quand Jules-Auguste à huit ans, de ce fait il est élevé par ses tantes. Il obtiendra son baccalauréat en 1872.Il devient prête en 1878, professeur de rhétorique au petit séminaire Saint François d’Assise, grand défenseur de l’école libre.
 Dès 1892, il sera à l’origine de la fondation Saint-Jacques dont la construction sera terminée en 1893.

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Le 27 Août 1893, Le journal local (l’Indicateur) invoquait : « Esprit pratique, il a construit à lui seul tout un collège qui vient de s’ouvrir à Hazebrouck, il a payé les pierres avec l’argent de ses quêtes ; il a tracé le plan de l’édifice, et lui même dirigé les maçons. Les condisciples de l’Abbé LEMIRE sont fiers de lui ; ses supérieurs l’estiment très haut. A quarante ans, il a déjà accompli des oeuvres importantes » .

Le catholicisme-social
Le terme « catholicisme social » apparaît pour la première fois en 1890. Doctrine égalitaire visant  à réformer le régime libéral conformément aux enseignements de l’Eglise.     

Le catholicisme social a la volonté d’améliorer le sort des classes laborieuses (ou ouvrières) sans attendre que le Vatican s’engage sur ce sujet.

Plusieurs personnalités «  progressistes » conduisent à la prise en compte du phénomène de la pauvreté citadine et défendront dans leurs actions et leurs écrits « économiques ou politiques » une opinion de catholique de gauche où la charité ne sera pas l’unique réponse apportée aux méfaits du libéralisme : droit d’association, de grève, salaire minimum sont des propositions destinées à rendre à l’homme sa dignité, en intégrant au monde du travail, la morale chrétienne.   

L’Action
L’Abbé LEMIRE fut élu député en 1893 sous l’étiquette « socialiste chrétien », il sera réélu successivement de 1898 à 1914.

Partisan de la séparation de l’église avec l’état, il se « met à dos » sa hiérarchie qui le suspend de son ministère de 1914 à 1916.

Pour sa conduite pendant la guerre, il sera fait « Chevalier de la légion d’honneur » et « Chevalier de l’Ordre de Léopold de Belgique ».

Après avoir adhéré au groupe de la gauche radicale en 1924, il est élu maire d’HAZEBROUCK et député de la région du Nord jusqu’à sa mort le 7 mars 1928 à Hazebrouck, suite de congestion pulmonaire.

Militant contre la peine de mort et réputé par son côté réactif et par son paternalisme, l’Abbé LEMIRE propose et soutient des projets de lois favorables à la classe ouvrière tel que : le repos hebdomadaire du dimanche, les allocations pour les familles d’au moins trois enfants de moins de seize ans, la retraite vieillesse et d’invalidité, la réglementation du temps de travail, … .

Son action lui vaut des attaques de la gauche socialiste irritée de voir un catholique se consacré à des revendications ouvrières, et de la droite qui le considère comme un dissident de la classe privilégiée.

 

Ligue française du « Coin de terre et du foyer » 

 

Son idée est que chaque ouvrier puisse disposer d’un coin de terre lui permettant d’améliorer son budget et d’utiliser de manière saine son temps de repos.

L’abbé LEMIRE fonde en 1896 la ligue française du « Coin de terre et du foyer », assurant l’amplification des jardins ouvriers.

L’abbé LEMIRE développera son action avec le concours du Père Jésuite VOLPETTE, concepteur de jardins ouvriers à Saint Etienne.

 

Pourquoi des jardins ouvriers ?

 

 « La terre est le don essentiel et primitif que le créateur a fait, à l’origine du monde, à la famille humaine.

Rien ne peut faire oublier et rien ne peut remplacer cette nécessaire union de la terre et du travail, de la terre et de la famille, et par conséquent, de la terre et de la patrie.

Faire en sorte dans notre société, où la séparation entre la terre et l’homme trop commune, où le divorce est devenu aussi douloureux que néfaste, faire en sorte que toute la famille puisse jouir d’un coin de terre pour le cultiver et pour s’y garder elle-même, c’est le but de notre œuvre.

Tout en étant souhaitable, la propriété n’est pas accessible à tous, soit en raison des charges de familles et des ressources insuffisantes, soit à cause des variations de travail industriel et de mobilité imposée aux fonctions publiques. Mais il n’est pas nécessaire de posséder la terre en propriété pour recueillir ses bienfaits. Une jouissance précaire peut suffire à les procurer.

Et après une longue expérience, il est aujourd’hui reconnu que le moyen le plus universel et le plus pratique de les assurer à tous, c’est le Jardin Ouvrier.

Pour le réaliser, il suffit d’un groupe d’homme dévoués, qu’une œuvre de bienfaisance, qu’une société industrielle ou une commune, acquière en propriété ou prenne en location un terrain quelconque, et les répartisse en lot, pour les mettre à la disposition des pères de famille, avec la seule obligation de les cultiver assidûment et de contribuer eux-mêmes au fonctionnement de l’œuvre par une légère cotisation.

Cette organisation très simple procure immédiatement trois biens, d’une valeur inappréciable et d’une moralité très haute.

Le « Bien de l’ouvrier »

Et ce bien résulte de la nature du travail qui se fait au jardin

Travail libre, qu’un homme de cœur ajoute volontairement et de plein gré à sa besogne professionnelle et qu’il organise à sa façon, qu’il exécute à ses heures.

Travail varié, et dès lors attrayant et salutaire.

Trop de machinisme moderne condamne l’ouvrier à répéter du matin au soir le même mouvement, lassant et monotone, le jardinage, au contraire, exerce tous les membres du corps, il met en œuvre toutes les facultés de son esprit par les combinaisons que nécessitent la succession des saisons et la multiplicité des cultures.

Travail honoré. A l’atelier, par suite d’une spécialisation industrielle qui est nécessaire, l’ouvrier se voit le plus souvent réduit à ne faire qu’une pièce qui se perd dans un tout, si bien que son œuvre devient anonyme comme lui-même.

Mais les produites du jardin sont visibles et personnels, ils font l’éloge de celui qui les a obtenus par son intelligent labeur.

Et ce travail créateur est cependant chanceux. Subordonné aux lois de la nature, il doit être en collaboration avec elle ; il oblige à lever la tête vers un infini qui nous dépasse.

C’est donc, en résumé, le travail humain par excellence, d’une noblesse incomparable.

Bien de l’ouvrier, le jardin est aussi le « Bien de la famille »

Elle y trouve, sous des formes variées, les plus sérieux avantages. La récolte des légumes et des fruits assure à sa table la base normale d’une alimentation saine. La libre jouissance d’air et de lumière la console du logis trop étroit.

Enfin, le groupement de tous les membres, parents et enfants, petits et grands, jeunes et vieux, aux heures de repos et aux jours de fête, entre la verdure et les fleurs de humble tonnelle qu’est leur villa, lui donne ses meilleures joies.

« Bien de la société »

Le premier bien d’une société, c’est l’union de tous les membres ; or, cette union se réalise spontanément dans nos jardins, depuis la sphère la plus étroite, celle du groupe même, jusqu’à la plus large, celle qui embrasse la patrie toute entière.

Union des jardiniers entre eux, par la mise en commun de l’expérience acquise : un bon accueil, un bon exemple ; par le concours donné aux travaux d’intérêt commun ; par l’aide prêtée au voisin malade, à la femme veuve ; par la part faite aux autres dans les biens que l’on possède : quelques graines, quelques plants, quelques fruits…

Au jardin l’on peut donner : on est heureux, on est riche !

Union des jardiniers et des directeurs de l’œuvre. Trop souvent dans nos entreprises charitables, il est triste de l’observer, le bienfait même, parce qu’il manque une sorte d’inégalité, écarte les hommes plus qu’il ne les rapproche. Le Jardin Ouvrier, au contraire, crée entre celui qui le donne, et qui a le mérite de la générosité, et celui qui le cultive, et qui a l’honneur du travail, une collaboration efficace, d’où résulte un lieu cordial d’estime et de sympathie réciproque.

Union enfin par le jardin avec la patrie elle-même. Comment ne l’aimerait-il pas d’un amour plus profond et plus attendri, sous les aspects variés de son admirable climat, dans la multitude fécondité de son sol si riche, depuis le pays de l’olivier et de la vigne jusqu’à celui du pommier normand et du houblon des Flandres, cet homme qui désormais peut dire :

« Ici je suis libre. Debout sur ce coin de terre, je ne dis pas qu’il m’appartient, mais que je me remue, que je cultive, et que j’aime, qui donc mien en quelque sorte, j’ai ma place sur la terre de France. Je tire de son sein les légumes succulents et les fruits exquis qui sont sur ma table. Je lui dois les fleurs qui ornent ma maison, les joues roses de mes enfants, le sourire de mes vieux parents que je vois revenir triomphants, les bras chargés du produit de leurs ultimes labeurs.

Cette terre qui me nourrit, qui me réjouit, moi et les miens, je l’ai défendu hier, je la servirai, je la défendrai toujours ».

 

Entendons ce cri du cœur. Et pour y répondre, orientons nos charités, nos dévouement, nos œuvres vers ce but : « La jouissance d’un coin de terre pour ceux qui en ont été privés jusqu’ici ».

Sous la clarté du soleil et dans la liberté de l’air pur, ils y trouveront la dignité du travail, la joie du cœur, la santé de la famille, le vivant de la patrie.

 

Abbé Lemire

 

 

 

 

En 1996, pour célébrer le centième anniversaire des jardins ouvriers, une rose ‘abbé Lemire’ est créée.

On peut admirer cette fleur dans les jardins de l’Elysée et au jardin botanique de Monaco.

 

Rose abbé Lemire

 

2) Les premiers jardins à Annappes

 

Naissance de la société des jardins ouvriers d’Annappes

 

 L’histoire des « jardins familiaux de Villeneuve d’Ascq » débute il y a plus de quatre vingt ans à Annappes, un village du Nord de la France où les habitants vivent principalement d’artisanat (forge, serrurerie, menuiserie, sellerie, laiterie et autres…) et d’agriculture.

Des riches propriétaires dominent le bourg depuis des siècles, du marquis de Fioul ( ? -866) au comte Geoffroy de Montalembert (1898-1993). Les conditions de travail sont très dures à cette époque pour les paysans et les ouvriers de toutes les corporations.

En 1914, la France entre dans le premier conflit mondial, les Allemands occupent la région jusqu’en 1918.

En 1922, suivant le concept du fondateur de la ligue française du coin de terre et foyer, l’abbé Lemire, monsieur le comte Geoffroy de Montalembert crée sur son domaine 93 potagers répartis en trois groupes.

En 1925, un professeur à l’école d’horticulture d’Estaires, l’abbé Joseph DECLERC ( ? ) préconise aux jardiniers de concevoir une société (ou association) comprenant tous les détenteurs de jardins. Des démarches sont effectuées auprès Geoffroy de Montalembert, devenu maire du village cette même année.

En 1927, dans la salle du « café du jardin de l’arc » est fondé la Société des jardins ouvriers d’Annappes, cet endroit servira de siège au bureau de l’association présidé par Mr. Delannoy Armand ( ? ).

Suite à des travaux d’extension du cimetière, le siège de la Société des jardins ouvriers fut transféré dans la salle du « café de la Maison Commune » situé sur la place du village. L’association compte près de 200 adeptes, un an après sa création.

En 1928, le maire Geoffroy de Montalembert cède un nouveau terrain pour créer 15 nouveaux jardins.

La société des jardins ouvriers d’Annappes est déclarée à la préfecture du Nord le 24 février 1933, au titre de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association. 

 

Second conflit mondial

 

En 1939, pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands occupent à nouveau la région, l’alimentation se fait rare et la « Faim » encourage l’extension des jardins ouvriers. Dans toutes les communes rurales, les terrains vacants et cuLtivables sont attribués à des familles.

En 1941, Edouard Mas ( ? ), maire d’Annappes parvient à obtenir un droit verbal autorisant les jardiniers la société des jardins ouvriers à cultiver les 5 hectares des terrains militaires du Fort des Marchenelles.

En 1942, l’administration des Domaines valide ce « droit verbal », et 130 nouveaux jardiniers se partagent cette terre après un défrichement laborieux. Malheureusement, ces terrains sont incultes, trop argileux, infectés de parasites, trop éloignés des villages, ils sont délaissés après la guerre.

Cette même année, la société des jardins ouvriers d’Annappes conçoit « une carte de jardinage » permettant aux membres l’obtention de graines, de plants de pommes de terre ou autres… .     

 

Le déclin

 

Après la libération, la paix revenu dans le pays, le temps est à la reconstruction, à la modernité.

La métropole Lilloise devient le grand centre économique du Nord de la France.

L’accroissement importante de la population autour de l’agglomération Lille et Roubaix-Tourcoing bouleverse l’aspect des villages situés en périphérie de ces villes, et des expropriations de terrain sont annoncées, en 1967 la société des jardins ouvriers inquiète de son avenir renonce à fêter le 40ièmes anniversaire de sa Fondation.

Geoffroy de Montalembert vend en 1969 un terrain pourvu de 37 jardins à une société pouvant ainsi prolonger ses bâtiments. D’autres terrains potagers sont vendus par leurs propriétaires pour permettre les extensions de logements.

A Flers-Bourg, 60 autres jardins, gérés par la société des jardins ouvriers d’Annappes, sont supprimés pour permettre la construction de nouveaux lotissements ainsi que « la Faculté des Lettres et de Droit ».

 La construction des quartiers résidentiels et commerciaux du Triolo, de la Cousinerie, de Brigode et du Pont de Bois ont investis les territoires des communes d’Annappes, Ascq et Flers, et en 1970 Villeneuve d’Ascq est née, émergeant de l’un des 9 projets de création «  nouvelles villes de France ».

Le besoin de terrains pour la construction des immeubles ou autres…, l’évolution des transports et les différents loisirs ont engendré un désintéressement pour les jardins ouvriers.

En 1979, « la Société des Jardins Ouvriers d’Annappes » devient « l’association des Jardins Familiaux de Villeneuve d’Ascq ». Face cet urbanisme, l’association a perdu beaucoup de son importance.

 

Le renouveau

 

Les jardins familial bénéficient des contre-coups de l’accroissement urbain, des changements du mode de vie de la société française durant les années 1960 et 1970.

Les urbanistes unissent aux espaces verts de la ville les jardins familiaux, devenus un nouveau précepte de distraction pour les citadins.

Suite à la loi de 1976 relative aux jardins familiaux, l’E.P.A.L.E. (Etablissement Public d’Aménagement de Lille-Est) avec le concours de la municipalité soutiennent et encouragent le développement de l’association des jardins familiaux de Villeneuve d’Ascq.

En plus de ceux existants, des nouveaux groupes de jardins seront créés 1976, 1978, 1980… .  

 

3) Les drapeaux

 

La « société des jardins ouvriers d’Annappes » fut doté de son premier drapeau en 1934.

Le 07 octobre 1934, le drapeau est béni à l’église Saint Sébastien.

Monsieur MERIE Fernand fut le premier porte-drapeau  , il sera remplacé en 1973 par Monsieur CHUFFART Marcel et Monsieur RAMECOURT Joseph.

 

Monsieur DEDEUWAERDER Georges composera une chanson sur l’air de la Madelon* pour cette occasion.

  * Chant populaire dont les paroles sont de Louis Bousquet et la musique de Camille Robert interprété par Pasquier Charles-Joseph en 1914 face aux poilus en permission. Cette chanson deviendra emblématique pour les militaires.

Seul les paroles du refrain ont été conservées par un membre de l’association : Monsieur DEDEUWAERDER Gilbert (qui n’a aucun lien de famille avec le compositeur).

 

Refrain

C’est un drapeau, un beau drapeau de France

Les jardiniers se groupent sous ses plis

En lui ils mettent leur espérance

Pour être fort pour être unis

Derrière lui les jardins ouvriers

Penseront que ce qu’il y a d’ plus beau

Dans toute leur belle société

C’est le drapeau !

C’est le drapeau !

C’est le drapeau !

Le drapeau actuel des jardins familiaux Villeneuve d’Ascq, date de l’année 1982.

 

La relève du porte-drapeau, fut assuré en 1982 par monsieur SARTORI Pierre.

 

 

 

 

 

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